Les chiffres de ces premières années de la révolution robotique ne semblent guère justifier une panique générale. Le rapport 2018 récemment publié par la Fédération internationale de la robotique indique que le nombre de robots industriels a en effet plus que doublé au cours des cinq dernières années, avec une hausse de plus de 30 % rien que l’année dernière, soit 381 000 unités livrées dans le monde entier. Cela signifie qu’il y a désormais plus de deux millions de robots qui « travaillent » à travers le monde. Pourtant, cet essor de l’adoption technologique a coïncidé avec une période de faible chômage, où la principale préoccupation concerne la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. L’essor des robots a coïncidé avec l’un des marchés du travailles plus tendus depuis des décennies.
Les chiffres du dernier rapport annuel de la Fédération sur les robots industriels devraient toutefois susciter, au moins, une certaine inquiétude chez les industriels canadiens. Le Canada a mis en service plus de 4 000 nouveaux robots dans le secteur manufacturier en 2017, soit une forte hausse de 71 % par rapport à l’année précédente.
Pourtant, nous ne nous classons qu’à la 13e place mondiale en termes de nombre de robots installés par salarié dans le secteur manufacturier, avec 161 robots pour 10 000 travailleurs de ce secteur. Nous sommes ainsi loin derrière les leaders mondiaux en matière d’adoption de la robotique. La Corée du Sud arrive en tête avec 710 robots installés pour 10 000 travailleurs du secteur manufacturier. D’autres puissances industrielles comme l’Allemagne et le Japon nous devancent également largement, tout comme les États-Unis avec 200 robots pour 10 000 travailleurs (la moyenne mondiale est de 85).
Le rapport de la Fédération montre que le secteur automobile reste le plus grand utilisateur mondial de robots industriels, poussé par les restructurations post-récession de 2008 vers une automatisation accrue. Ce secteur représente à lui seul un tiers des robots installés dans le monde et c’est lui qui a été le moteur de la hausse de l’adoption des robots au Canada en 2017. Mais l’utilisation de la robotique se développe dans l’ensemble des secteurs manufacturiers à l’échelle mondiale.
Le secteur de l’électronique et de l’électricité détient une part mondiale presque aussi importante que celle de l’automobile en termes de robots utilisés, tandis que le rapport indique que l’adoption est en hausse dans les secteurs de la métallurgie et de la machinerie, des plastiques et des produits chimiques, ainsi que de l’agroalimentaire. Même les industries pharmaceutiques et cosmétiques ont connu une augmentation significative du nombre de robots. La demande croissante a fait grimper les ventes mondiales de robots industriels de plus de 20 % l’année dernière, pour atteindre 16,2 milliards de dollars (USD), bien que la Fédération estime la valeur du marché à 48 milliards de dollars lorsque l’on tient compte des logiciels, de l’ingénierie des systèmes et des autres périphériques.
Quelle est la bonne réponse ?
Personne ne devrait prétendre que le passage à une main-d’œuvre plus automatisée ne s’accompagne pas de difficultés économiques pour certains. On ignore, par exemple, quel rôle joue l’automatisation dans la stagnation des salaires, alors même que le marché du travail se resserre et que le taux de chômage global atteint son plus bas niveau depuis 40 ans.
Mais les travailleurs n’ont pas encore cédé le contrôle des ateliers. Une autre étude récente menée par le cabinet de conseil A.T. Kearney montre que, malgré l’invasion récente des robots, 72 % des tâches de fabrication sont encore effectuées par des personnes.
Ainsi, tout comme l’essor de la robotique mondiale devrait être un signal d’alarme pour les industriels canadiens, ne passons pas à côté de l’avertissement qui l’accompagne : une automatisation accrue va nécessiter de former une main-d’œuvre dotée des compétences et de la formation nécessaires pour tirer pleinement parti de toutes ces machines qui se chargent désormais des tâches routinières que nous avons laissées de côté.
C’est là la véritable leçon à retenir pour tous les dirigeants politiques et les responsables des politiques publiques : se concentrer sur le développement des talents et des compétences humaines nécessaires pour faire fonctionner une économie numérique. C’est une bien meilleure réponse à l’arrivée des robots que de s’acharner sur une voiture autonome.
Bruce Wallace
Directeur de la création
Next Generation Manufacturing Canada